"[...]. Notre mirifique communication de ce début de siècle relaye 24h sur 24 l'info intox.
Avec justesse et acharnement, les média nous rappellent que des
maladies cruelles font le lit de notre mort future. D'autres nous
balancent la fonte des glaces, le trou de la couche d'ozone, le
réchauffement planétaire, les futurs cataclysmes et la disparition de
nos amies les bêtes.
Les lieux publics se couvrent de pudeur,
refusant la dernière cigarette et le petit verre du condamné. La route
nous dénonce à nos moindres erreurs.[...]. Il n'y a plus d'argent, et
en plus, il n'y a plus de boulot mon p'tit gars. Mange donc ton pain
d'angoisse!
L'espoir a fini dans le cendrier des nouvelles
chaudes. Tout le monde a raison, il y a urgence! [...]. Et si les média
nous redonnaient l'envie d'apprendre à bien vivre? Que diffusent ces
pleurnicheurs quotidiens? Que nous sommes vulnérables, que la
démocratie est fragile, que la planète est en danger, certes, mais ne
pleurons pas. Le mea culpa n'est pas la bonne solution. C'est toujours
la faute des autres, pas de la notre.
Qu'auriez-vous pensé à 20
berges: je me bute, je fais tout péter, j'abandonne ou, il faut réagir.
Le positif est persona non grata dans nos informations. Nous pleurons
sur les cerveaux qui désertent l'hexagone, sur les sportifs et les
artistes qui planquent leurs magots ailleurs, sur la délinquance qui
hante nos cités et nos villes, sur nos vieux qui meurent dans
l'indifférence et sur notre mère Terre. Nous pleurons sur tout et le
plus souvent les pleurs suffisent à nous rassurer.
Raisonnons un
peu. Nous voulons l'accès à une hyper information impartiale, à une
publicité comparative et informative, à des communications raisonnées.
Ce n'est pas facile. Il faut que les média vivent (d'audience et de
pub) alors il leur faut des scoops. Du mort au kilomètre (règle
journalistique): plus la mort frappe loin de chez nous, plus elle doit
faire une moisson prospère pour nous émouvoir. Il faut des angoisses,
des anniversaires catastrophiques, des infamies et des feuilletons
judiciaires et du people indélicat. Mais qui lit, qui écoute, qui
regarde? Vous et moi! Nous sommes les pigeons d'une vaste farce macabre
et juteusement commerciale ou
pire d'un feuilleton glamour réservé aux gogos ébahis. Nous sommes donc
complices et voyeurs. Nous demandons aux infos de nous montrer pire
pour frissonner un peu dans nos foyers. Nous souhaitons des publicités
sans fards, mais nous demandons aux professionnels un contenant créatif
flaboyant et de moins en moins de contenu. Donc il y a un problème.
Nous sommes infophiles et publivores mais nous n'avons ni le moyen de gérer nos angoisses, ni celui de digérer nos envies.
Le citoyen est spectateur, un consommateur, un résigné. Il faudrait qu'il réagisse et qu'il choisisse entre l'avoir et l'être.
La publicité incite à l'acte d'achat. Nous avons le libre choix pour
préserver nos intérêts. L'information nous conditionne, mais nous
devons la décrypter pour rester libre. Tirons vers le haut. Les
publicitaires et les communicants nous suivront. Tirons vers le bas. Et
ils nous aideront à couler. En tout cas ne désignons pas des boucs
émissaires. Ca ne sert à rien! Devenons intelligents, sachons lire et
écrire, et peut être aurons-nous une vision différente de notre
société."
Source:
Chronique écrite par Georges Gouze - parution dans Les Cahiers de la
Gazette Economique & Culturelle N°1371 du 18 mars 2008 (hebdo
régional) |